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Les Propos de Mr Guéant ne sont pas représentatifs de la France
Par Gilles Marchand

Nous sommes beaucoup
à être choqués et à déplorer les déclarations tapageuses de l'actuel
ministre de l'intérieur. La France mérite mieux que ces syllogismes
approximatifs.
Il est triste de constater qu'une telle dérive est possible dans la
bouche d'un interlocuteur privilégié du débat public français et
qu'elle puisse arriver, déformée, à ceux des africains qui attendent de
la France sur une vision ouverte et inspirée. Il y a mieux à dire et à
faire pour rétablir une vraie relation de confiance entre le vieux
continent et son homologue africain. Tant de gestes positifs qui sont
en réalité faits, mais qui sont éclipsés par l'aspect provocateur de
phrases prononcées dans le cadre d'émissions à priori anodines, mais où
on a la fâcheuse tendance de distiller de petites phrases qui gomment
beaucoup du reste. De tels propos sont interprétés pour ce qu'ils sont,
c'est à dire l'expression irrespectueuse d'une vision électoraliste
étroite et la marque individuelle d'une conception négative de
l'altérité, ce qui donne à notre pays une image ternie très différente
de ce qu'il est réellement. Cinq ans de cette conception restrictive,
entamée avec le discours de Dakar, ont abimé l'image de notre pays à
l'étranger et en Afrique en particulier.
Cette parenthèse sombre est en train de se refermer.

La France n'est pas raciste. Elle compte en son sein des gens qui sont
submergés par la nouveauté et la modernité de situations auxquelles on
ne les a pas préparés, et donc éprouvent un sentiment de déclassement
que les gestes et les décisions appropriées permettraient certainement
d'inverser, mais ce n'est pas un pays raciste. L'esprit français
véritable est fait d'un subtil mélange d'ouverture et de curiosité pour
tout ce qui n'est pas lui-même. Les français peuvent être patriotes
mais ils ne sont généralement pas chauvins, car s'ils aiment leur pays
pour tout ce qu'il peut leur offrir d'exceptionnel, ils ont su en
réinventer constamment la modernité en en faisant une terre d'accueil
au cours de l'histoire, capable après une génération d'intégrer des
gens du monde entier. C'est pourquoi il est à la fois une sorte de
nation d'immigrants au sens où Kennedy l'entendait des Etats-Unis et un
pays aux racines profondes où les lignées humaines vont courir jusque
loin dans la terre meuble de l'Histoire. Un pays qui a su cultiver au
plus haut degré un tel éclectisme au cours de celle-ci ne peut s'être,
en quelques années, rangé aux principes xénophobes d'une frange étroite
de sa classe politique. Les messages basés sur des conceptions
ségrégationnistes dictent des comportements et des déclarations qui
choquent les vrais républicains de ce pays, et ne sont que de mauvaises
réponses apportées à des questions qui ne se poseraient pas si elles
étaient correctement traitées. Un pays qui a élu Omar Sy, Jamel
Debbouze, Yannick Noah et Zinedine Zidane, comme ses représentants
préférés ne peut pas être raciste. Le succès d'Intouchables est lui
aussi significatif d'un désir de pratiquer en France une tolérance face
à la différence, quelle soit raciale, sociale ou basée sur le handicap…
Toute la culture de ce pays plaide en faveur d'une différence vécue
comme une richesse et d'une égalité fondée comme une valeur
fondamentale, au même titre que la liberté prononcée pour la première
fois dans l'histoire dans cette langue, comme un facteur d'amélioration
de sa prospérité et de fraternité. Aux africains qui se demandent si la
France serait devenu un pays qu'ils n'arriveraient plus à comprendre il
faut répondre que la période intermédiaire s'achève et que la
vraie France, celle qu'ils aiment et qu'ils ont connue, est de retour.
Nous vivons les derniers soubresauts d'un régime qui a cherché à
diviser les français.

Qui a exploité toutes les aspérités médiatiques pour distiller ses
conceptions brutales, qui a été jusqu'à pratiquer des formes de
contrôle physiques et morales exagérées sur les individus, sur la
presse, sur la justice, sur l'école, sur l'hôpital, sur le logement,
sur la police, sur les transports, sur les médias… Un pouvoir qui a
tenté de verrouiller les formes décisionnelle alternatives en ruinant
les collectivités publiques, ce qui lui a permis au passage de perdre
le Sénat, fait inédit dans l'Histoire de la cinquième république. A
l'issu de ce parcours quasi chaotique, le pays se retrouve dans une
situation qui, elle, est catastrophique : Un million de chômeurs en
plus dont 80 000 enseignants translatés en chômage ou à la retraite, un
déficit commercial abyssal à 70 milliard d'euros, des 350 000
emplois détruits, 75 milliards de cadeaux fiscaux sur les deniers de
l'état, une dette qui a augmenté de 615 milliards, 4 millions de
personnes sans couverture sociale, 350 000 personnes ont basculé dans
la pauvreté causant des souffrances sociales inouïes, une insécurité
qui a augmenté, une TVA en hausse et la perte du triple A. Nous avons
affaire à une bien piètre pantomime, car on a pas cité ici toutes les
erreurs autres faites, et elles sont nombreuses. Chacun les verra
émerger en son for intérieur, dans le creux de sa mémoire. C'est à tout
le moins le résultat d'une promotion de cancres.
Un Bilan archi négatif pour le pays.

Une régression et une dégradation qui s'observe physiquement sur le
paysages. Les pavés affleurent à Paris et dans les grandes villes, les
terres-pleins ne sont plus entretenus, des autorisations ont été
accordées qui défigurent davantage les entrées des agglomérations. Le
pays est en définitive abîmé et on veut nous faire croire que nous ne
serions pas seigneurs et maitres de notre jugement. Nous avons observé,
nous avons vu, et nous comprenons que l'idéologie néolibérale qui anime
cette soit-disant majorité est en réalité nocive quand elle est
appliqué indifféremment à un état ou à une entreprise. Les solidarités
collectives et la comptabilité nationale ne souffrent pas d'une mise en
coupes réglées, d'une exploitation des masses au prorata des critères
de rentabilité rigides qui annihilent toute considération humaine
réelle dans le processus de création de richesse. L'argent avant
l'homme, tel est le triste bilan de cette équipe. Les suicides en
entreprises sont symptomatiques d'une déshumanisation, d'une brutalité
absurde là encore, encore inédite. Ils appellent dans ces cas où des
hommes et des femmes ont été poussés à bout, à la toute dernière
extrémité, une absence de mansuétude retour sans faille. Il est temps
de dégager une équipe qui a l'heur et le culot de laisser penser
qu'elle peut avoir une quelconque chance d'être reconduite sous
prétexte qu'elle assène ses messages aux masses par le biais d'un
audiovisuel lui même contraint de reprendre le boucle sa diatribe
ultralibérale. Oui, nous français, nous peuple de France, sommes
courroucés d'entendre pérorer des gens qui feraient mieux par les temps
qui courent d'adopter des profils bas, et de ne pas ruer dans les
brancards d'une cohésion nationale qu'ils mettent à bas. Avec de tels
comportements, on croit reconnaître le geste que fit un jour un
dirigeant israélien en allant se promener à l'Esplanade des mosquées.
Il gagna des voix mais le processus de paix fut durablement remis
en cause et une nouvelle intifada commença : agiter les extrémismes
pour solliciter les instincts les plus primaires. Cette équipe a déjà
réalisé ce beau strike en 2005.
Ce n'est pas la France que nous voulons.

La France que nous voulons, c'est un grand pays apaisé et inventif, un
pays ouvert sur le monde extérieur et imaginatif. Un pays heureux de se
reprendre en main. Un pays où il y aura de la place pour tous. Où les
jeunes ne seront pas un problème, mais bien une des solutions
auxquelles la France aspire. Où les artisans et les patrons trouveront
les prêts dont ils ont besoin. Où les foyers trouveront des prêts
immobiliers. Où les citoyens auront les chances auxquelles ils veulent
avoir accès. Qu'on ne vienne plus ternir la conception que nous nous
faisons de nous-mêmes. Qu'on ne vienne plus agiter des peurs qui nous
défigurent. Qu'on ne vienne plus nous contraindre à la plus sinistre
des dépossessions. Notre identité est une et indivisible, mais elle est
en même temps variée et multiple. Nous sommes saturés des discours
manipulateurs d'une clique qui distribue les postes stratégiques de la
république, qui cherche à tromper les français, qui fait en sorte,
volontairement ou pas d'ailleurs, qu'ils soient moins bien informés,
moins bien éduqués, moins bien soignés, moins bien logés, moins bien
employés, moins bien cultivés, qui ne fait qu'essayer de parer au
sauve-qui-peut général de son camps.

La France de 2012 sera aussi celle de ces gens. Elle les
conservera en son sein, mais elle ne se laissera plus abuser par leurs
préceptes frauduleux. Elle instaurera de nouvelles relations sociales,
plus apaisées, plus respectueuses de tous et de chacun. Une
nouvelle Europe, réinventant harmonieusement sa relation à l'Afrique.
Un renversement se produira. Nous passerons alors à nouveau de la nuit
au jour…
Février 2012
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